Mort et renaissance : mon chemin de Compostelle

du Puy en Velay à Ronceveaux, 31 jours de marche, 820km parcourus


Plusieurs fois j'ai essayé d'écrire mon chemin, sans jamais aller jusqu'au bout. J'avais envie de romancer le voyage, écrire la douleur avec de jolis mots. J'ai raconté cette histoire de vive voix tellement de fois, avec passion, que j'ai eu peur d'avoir saoulé les gens. Je vais probablement écrire ce récit en plusieurs fois, ajouter des détails. Au fil de l'écriture des souvenirs vont remonter. J'en ai fait un album photo pour ne pas oublier les lieux, les noms. Je vais écrire en suivant cet album, comme une discussion avec moi même, je vais vous partager des photos aussi.

CHAPITRE 1 – Burn out

Décembre 2017, je rentre de tournée avec un spectacle sur lequel j'étais habilleuse. Un énorme spectacle, trois mois de travail non stop, une équipe géniale, des liens forts, de la fête, comme une capsule hors du temps qui m'a fait regarder ma vie avec recul. Depuis plusieurs mois je ne suis plus heureuse du tout. Je pleure presque tous les jours, sous la douche, assise sur le lit les yeux dans le vide, le soir avant de dormir, chez ma maman. Je suis fiancée avec un homme, le 8 décembre, alors que je rentre à peine de la tournée, on signe l'achat d'une maison. Je signe en me disant « mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? ». Parce que je réalise que ce n'est pas la vie que je veux. Me marier, avoir une maison et des enfants. Enfin si, peut être un jour, mais pas à 23 ans. Et puis ce boulot dans lequel j'ai mis toute mon âme me laisse vidée. Je suis épuisée et déçue par le comportement de certains collègues. Je ne mange presque plus, je suis stressée en permanence, sur les nerfs, en colère. Pour d'autres raisons personnelles que je vais garder pour moi, je ne veux plus être chez moi, je ne supporte plus mon fiancé, je ne supporte plus ma vie trop rangée à mon sens.

Mon cerveau tourne en boucle. Je dois partir, m'échapper, sortir de ce piège. Alors je commence à marcher un peu dans les chemins autour de chez moi. Quand je sens que je vais déborder, je sors marcher. J'ai déjà entendu parler du chemin de Compostelle. Ma mère et mon beau-père en ont fait une partie. Et dans mon esprit, ce chemin est ma seule issue de secours, ma seule excuse pour quitter ma vie. Parce qu'entre la tristesse infinie qui m'habite et la colère, il a y cette phrase qui tourne en boucle « partir marcher ou mourir ». C'est une phrase difficile. Je n'ai pas eu envie de mettre fin à mes jours, mais c'était une mort symbolique qu'il me fallait. J'étais aussi en période de deuil, un ancien et un récent. Beaucoup trop de choses pour mon petit cœur déjà bien meurtri.

Alors début janvier ma décision était prise. En avril, je pars marcher. J'ai réservé mon billet de train pour le Puy en Velay, sans trop savoir où c'était. J'ai acheté un peu de matériel de rando, regardé rapidement les étapes sur le chemin. J'avais un mois complet libre devant moi.

J'ai commencé à en parler à mon fiancé, à ma famille. J'ai dit que j'allais marcher un peu sur le chemin de St jacques, peut être trois jours si je suis assez courageuse. Mais le mois de liberté était un autre sas de décompression que je me gardais libre, au cas où.


Je sens que mes proches ne me prennent pas trop au sérieux. Ils ne me pensent pas capable de marcher seule longtemps, de faire du bivouac et tout ça.

Je suis surprise ! Parce que moi depuis toujours je me sens comme une aventurière, une envie de voyager, de découvrir, de me dépasser. Pourtant je n'ai jamais rien fait de tout ça, et l'aventurière en moi n'est pas visible de l'extérieur. Je suis déçue et blessée. J'aurais voulu du soutien. Malgré les cadeaux offerts par ma famille à mon anniversaire pour compléter mon attirail de pèlerine, je sens qu'ils ne croient pas vraiment à mon projet. Alors moi non plus j'y crois plus beaucoup. Je me dis que je vais marcher trois jours et que je serais trop HS, que j'abandonnerais pour faire autre chose, un truc simple.

Je continue à m'entraîner. Je marche un peu avec mon sac plein. Partir marcher ou mourir. De toute façon je n'ai pas le choix.


Le 27 avril 2018 en fi de journée j'arrive au Puy en Velay. C'est beau ! Les collines autour de la ville, la cathédrale, la statue immense. Sur un balcon d'où je peux voir toute la ville et les alentours, je regarde au loin et je pleurs. Je n'arrive pas à croire que je suis là, que demain je commence le chemin. Je sens déjà le soulagement d'être ici, d'avoir réussi à partir. Le reste est entre mes mains.




A suivre...

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