Peur et randonnée - le mont Säntis

En août 2018, avec Nico, on décide d'aller voir nos amis pèlerins Pierre et Fabienne chez eux en Suisse. Ils ont environ 72 ans si mes souvenirs sont bons, habitués depuis toujours à la randonnée en montagne et grands skieurs. Je ne suis jamais allée en Suisse, c'est l'occasion rêvée !

Pierre et Fabienne nous accueillent comme des stars, ou plutôt comme de la famille. D'ailleurs on arrive pile au moment de l'anniversaire de l'une de leurs filles et tout le monde est réuni pour l'occasion.

Nous avons prévu de rester seulement trois jours et donc dès le lendemain avec Pierre et Nico on se prévoit une « petite rando » pour découvrir le coin.

Je suis hyper confiante, je viens de marcher 800km sur le chemin de St Jacques, rien ne peut me résister ! C'était sans savoir que le paysage Suisse, eh bah c'est pas du tout comme chez moi, la mal nommée Suisse Normande ! Ici les collines sont grandes et rondes comme des bosses de chameaux, la côte est raide pour monter jusqu'en haut. Les paysages sont magnifiques, des collines rondes et vertes d'herbe grasse à perte de vue. Je suis épuisée mais sous le charme. Je suis à la ramasse, les gars marchent beaucoup trop vite pour moi alors je prétends prendre beaucoup de photos pour me reposer.



Pour le jour d'après, Pierre et Fabienne nous proposent d'aller au Mont Säntis, petite rando de 3h d'après eux. Je n'ai aucune idée de ce que c'est, je me réjouis d'avance de visiter un peu plus la Suisse. Autant vous dire que j'ai très vite déchanté quand on est arrivés au pied du Mont Säntis. C'EST UNE MONTAGNE !


Je panique un peu, je n'ai jamais marché en montagne, mais je garde mes pensées pour moi en me disant que peut être on va marcher en bas, et non pas monter là bas tout en haut !!

Devant moi se dresse un mur de pierre et derrière au loin un pic, avec au sommet un bâtiment et une grande antenne. On commence la marche et bien sûr, on suit le chemin qui monte tout en haut. Je marche doucement pour garder des forces, la cote est rude, le début n'est pas difficile car on grimpe une sorte de colline tout en se dirigeant droit vers le mur de pierre. J'essaie de ne pas trop penser à la route qui reste à faire, mais j'ai beau regarder devant moi je ne voit pas de sentier. Je commence à paniquer en espérant ne pas devoir escalader la falaise !! (Oui j'en était arrivé à ce point ! )

Puis le chemin est apparu, il longe la falaise et grimpe dans les rochers. Je ne me souviens pas si c'était physiquement difficile. Je me rappelle grimper à quatre pattes alors que les autres personnes le montaient plutôt normalement. J'avais l'impression que mon petit sac à dos pesait des tonnes et m'empêchait de me relever. Plusieurs fois je me suis arrêtée, au bord des larmes. Fabienne s'est arrêtée avec moi et a essayé de me rassurer. J'étais en crise d'angoisse ! En fait j'étais terrifiée à l'idée que j'allais devoir faire ce même chemin dans l'autre sens, et donc potentiellement voir le vide devant moi. Et ça, même pas en rêve !!

En fait d'un coté on longe la falaise, de l'autre le vide et les petites voitures tout en bas pour donner un ordre d'idée de la hauteur, information dont je me serait bien passée !

Durant la montée, je fais plusieurs pauses avec Fabienne car je ne me sens vraiment pas rassurée. Je me demande ce que je fais là, pourquoi ils m'ont pas prévenue, est-ce que je vais mourir aujourd'hui en trébuchant sur une pierre instable ???

Vous imaginez mon soulagement quand je vois enfin le refuge !! Pierre et Nico sont déjà à table en train de boire une soupe bien chaude. Je m'assois, les jambes tremblantes. La vue est superbe mais je n'ose même pas m'approcher de la rambarde pour regarder et prendre des photos. Je me sens paralysée dans mon corps, comme si le monde autour de moi était déformé et oppressant. Je ne mange rien, je cherche du regarde où se trouve le fichu téléphérique pour que je redescende en sécurité.

Pierre me dit alors qu'on est à la moitié du parcours donc c'est chouette on a super bien marché ! Je deviens liquide à cette annonce. Comment ça la moitié du chemin! Il me montre du doigt, le pic derrière mon dos. Le bâtiment et l'antenne sont encore plus haut et plus loin que ce que j'avais imaginé ! Je me demande si je vais en être capable, je suis terrifiée.

Et donc après une soupe revigorante (pour eux), on se remet en chemin. Étonnamment la peur me quitte peu à peu. On est passé de l'autre côté de la montagne et le paysage est différent. Beaucoup de roches, je me croirais dans le seigneur des anneaux. Les points de repères humains ne sont plus visibles et cette absence d'échelle me soulage beaucoup. Je commence à vraiment profiter de la rando, du temps magnifique, des paysages. Nico et Pierre grimpent super vite, mais je préfère continuer doucement à mon rythme. Et puis là, j'ai vu de mes yeux vu : de la neige ! En aout ! Et il faut traverser cette neige. Mon cerveau s'est mis en alerte maximale depuis le début de la journée, la neige me surprend et encore une fois je me demande ce que je fiche ici ! Fabienne prend une photo de moi debout dans la neige sur laquelle j'ai l'air complétement p




Je me remet en route et le pic se rapproche. Se découpe alors sur le bleu du ciel, une file de petites personnes qui marchent à la queue leu leu sur ce qui semble être une tranche de montagne. Comme si le paysage était en 2D. En effet à un moment, il faut grimper à l'aide d'une chaîne et de cales pieds en métal plantés dans la montagne. Je suis de plus en plus liquide à l'intérieur. Je suis incapable de redescendre ce bazar. Pour me rassurer je me dit que j'ai 20€ dans la poche et que si je dois tout donner pour redescendre en téléphérique et bien soit ! La fin du chemin c'est ça : de la roche, des cales pieds, des chaînes, du vide.

Au moment où je pose les pieds sur l'arrivée en bas du bâtiment, qui se trouve en haut du pic ! Je m’effondre. Je pleure, je ris. La vue est incroyable et je me dit que j'ai réussi, sans mourir !

On prend une photo avec Pierre, Fabienne et Nico.

Le temps se gâte, l'après midi avance. Je leur dit aussitôt qu'il est hors de question que je redescende par le même chemin ! Fabienne et Nico veulent le faire et en courant (en tout cas marche rapide). Oui oui. Pierre se dévoue pour rester avec moi et descendre en téléphérique. On boit un coup en terrasse vue sur la Terre du Milieu.

L'heure de redescendre arrive et on se dirige vers le téléphérique. Je sais que tout coûte un bras en Suisse alors je suis prête à dire au revoir à mon billet de 20.

Et là, HORREUR. Le prix pour 10min de téléphérique est de 36€. J'ai envie de pleurer de rire tellement ça me semble fou. J'ai pas 36€. Je ne vais pas redescendre à pied. L'idée de frauder me traverse l'esprit fortement mais Pierre préfère m'offrir mon ticket vers le paradis !

Le voyage est doux, les paysages toujours aussi grandioses. Je vois des ptis bonshommes descendre la montagne, je suis heureuse de ne pas être avec eux. Les nuages viennent remplir le ciel et les derniers ne doivent pas tarder auquel cas ils peuvent se trouver dans le brouillard et ça c'est vraiment pas chouette pour descendre ! Une fois en bas on retrouve Fabienne et Nico.


Ce soir là je n'arrête pas de dire à Nico à quel point j'ai eu peur mais que j'aimerais le refaire, car maintenant je sais à quoi m'attendre.







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